Réflexions sur le Colloque 2019

Mis à jour : févr. 19


Georges Honoré Ex Président

"MutationS" était un excellent titre, tant notre football "bouge" actuellement, dans ses représentations, ses productions, son positionnement dans la société.

Et le fait de choisir le thème sur : les Formations de cadres fédéraux, la Composition actuelle des staffs, l'Arbitrage et ses mouvances, et l'Encadrement de notre football des banlieues, pour n'être sans doute pas les seules priorités de réflexion ou d'études en ce moment, n'en représentent pas moins le cœur de notre ADN d'association de recherches sur le football : Le joueur, le jeu, son environnement.

La présentation de la DTN au sujet des contenus des nouveaux diplômes fédéraux a montré un virage important de la FFF en la matière.

_ L'approche et l'accroche désormais plus culturelles, plus universitaires parfois, en tout cas plus ouvertes sur des connaissances et expertises annexes, dépassant le seul angle de la pratique football, est une avancée qui fera date. Les nouveaux diplômés et diplômées, n'en seront que mieux armés (ées) pour revenir au cœur de la pratique qui reste la gestion d'un groupe de compétition et la maîtrise des situations d'apprentissage ou d'entraînement.

_ La séparation temporelle entre formation, certification et validation est aussi un gage de meilleure acquisition des savoirs. Le temps est une composante essentielle de l'assimilation, surtout lorsque l'on touche aux sciences humaines, fussent elles colorées de relations entraîneur-entraînés (ées). Là encore, cela me semble, pour les stagiaires comme pour les formateurs, une mise "à distance" profitable, et un acquis sur lequel on ne reviendra plus !

Et tant mieux. Le football et la formation méritait cette attention didactique.

La gestion et l'explication de l'inflation des staffs d'entraînement a montré tout à la fois que le football se "professionnalise" de plus en plus, depuis les clubs modestes mais ambitieux, jusqu'aux "armadas" exceptionnelles en nombre des équipes de très haut niveau !

C'est là encore une avancée de compétences, une exploration de secteurs de la performance jusque là moins ou non investis. On est loin du Coach, de son adjoint et de l'entraîneur des gardiens de but ....

Il reste deux écueils à contourner, ou surmonter :

Celui qui consisterait "à en faire trop" et donc à trop morceler le jeu et son apprentissage, et peu ou prou à "éviscérer" voire "décérébrer" l'ensemble par composantes séparées : la physio, le cardio, les phases placées ou non, le regard trop accentué sur quelques moments privilégiés, transitions, replacements...

A trop découper la conduite motrice, pour bien "didactiser", par souci scientiste extrême généreux souvent, on en oublie parfois la complexité émotionnelle du rapport d'opposition de jeu, qui se vit d'abord, puis se raisonne puis s'enrichit ensuite. Avec ou sans discours vers les pratiquants...

A trop "dessécher" le vivant... on lui enlève parfois ce qui le fait vouloir, mouvoir, apprendre, tenter, progresser. Quelques disciplines scolaires ont fait ces expériences a leur dépend souvent ! Le football a de quoi se parer de ces excès ; pour peu que les coaches ou staffs restent "accrochés" au terrain ! Le risque est à ce jour peu important. Ces derniers sont des gens "à forte personnalité" et accrochés à leur pouvoir de décision dans les clubs.

Il est plus complexe de savoir gérer ces nombres impressionnant de collaborateurs. Et sans doute d'harmoniser leurs participations et leurs expertises à la réussite de l'équipe. Nos intervenants ne nous ont que très peu éclairé sur cette compétence. Et pourtant ils sont de grands professionnels. Mais c'est sans doute une qualité nouvelle à développer chez les coaches numéros Un des clubs de haut niveau.

L'encadrement des clubs de périphérie de grandes villes et le profil des entraîneurs "urbains" et/ou "rurbains" nous révèle un milieu difficile pour les coaches, complexe sociologiquement. Et essentiellement très peu aisé à manager au quotidien, entre soucis de structures, appauvrissement des moyens de fonctionnement et diversité voire particularismes des populations à entraîner.

Les présentations et questions réponses ont révélé qu'il convient sans doute pour ces cadres en milieu associatif un peu particulier, de délibérément concentrer ses énergies sur la recherche de solutions de fonctionnement, sur le maintien des motivations du "vivre et progresser ensemble" et sur la quête permanente d'enrichissement personnel par les formations diverses qu'offrent les structures ministérielles (EN ou JS), universitaires, et fédérales. Missions certes, peu faciles, coûteuses en temps et investissement, et sans doute là, en milieu urbain ou rurbain, plus qu'en club de province !

Mais y a-t-il d'autres solutions que ce militantisme qui fait la force et la richesse humaine de notre football ? Les exemples de parcours de formation des quelques uns de nos jeunes intervenants, déjà proposant un impressionnant CV et d'étonnantes expériences, diverses et riches, lors de leurs présentations, à la tribune, est révélateur de cette force de promotion, et de cette flexibilité de penser. C'est une promesse et un atout considérable ! Le milieu du football le permet assez facilement, pour peu que l'on soit curieux et ambitieux d'apprendre.

La plainte trop souvent exprimée devant l'impossibilité d'avancer, faute de subventions, faute de considérations, faute de reconnaissance professionnelle, faute d'intégration dans les instances politiques ou fédérales de décisions ... n'est pas la meilleure des postures. Et risque de freiner, à terme, un enthousiasme à communiquer, enthousiasme qui doit rester la clé de toute relation entraîneur-entraînés, et de toute posture de cadre.

Enfin, le thème sur les nouveaux enjeux économiques, médiatiques et relationnels de l'arbitrage, s'est concentré sur l'application de la VAR dans notre championnat professionnel de Ligue 1.

Sans surprise !

Arbitre de haut niveau, chercheur universitaire, journaliste fortement impliqué dans le dossier ont éclairé l'assistance. Sans parvenir à une position tranchée entre le souhait de retrait pur et simple de l'expérimentation, ou la poursuite "améliorée" de cette mise en place.

Mon propos introductif regrettait que ce processus d'arrêt du jeu "casse" la temporalité émotionnelle des actions et des phases d'une rencontre. Je maintiens cette analyse, même si l'arbitre présent a souligné à juste titre, que les spectateurs d'aujourd'hui s'accommodent plus facilement des "recours vidéo" et des quelques désagréments qui les accompagnent.

Mon propos regrettait également le fait que cela va conduire à creuser un peu plus la distance entre deux footballs "à deux vitesses". Milieu pro et milieu amateur ; ce n'est pas une première ; et ce n'est pas la fin du monde du football.

Nous nous habituerons ... mais ce n'est pas sans désolation, et ce n'est pas, pour moi, dans le fil de l'histoire du football, lequel est resté longtemps très accroché à une forme de pratique - pour ce qui concerne "le carré vert" - unique et populairement reconnue par tous ses "participants".

Enfin j'avais souligné que le "VAR" ne règlerait pas pour moi l'essentiel des sanctions arbitrales ; c'est à dire le fait, que pour les plus graves (CFD donnant pénalty), elles doivent réprimander des fautes volontaires !

Or la VAR sépare la "morale", voire "l'éthique" des joueurs et du jeu, de la justice "policière" !

Une main, me semble-t-il, en football doit être sanctionnée si elle est utilisée pour "s'en servir". C'est l'esprit des toutes premières lois du jeu ; c'est à dire s'il y intention de "manier" le ballon, ou de l'utiliser comme membre "déloyal" dans la trajectoire du ballon ou dans l'opposition à un adversaire ! Pas dans les autres circonstances, même si parfois, elle peut être un obstacle à un cheminement de la balle ... tout comme le corps de l'arbitre, non ?

Ce "démembrement" des joueurs me gêne, car la règle ancestrale change.

Au passage, elle gêne aussi considérablement la motricité des pratiquants, devenant peu "naturelle".

Un hors jeu sanctionné pour quelques centimètres de crampon, est ce raisonnable, est ce "moral" ? Est-on bien certain du moment précis du jugement de l'action ? Comment sanctionner de la même façon un M'bappé qui va faire près de deux mètres en une demi seconde lors de son démarrage, et un autre joueur un peu plus lent. Qui triche ?

Mis à part la Gold Line Technology, qui est quasi indiscutable et salvatrice de bien des situations, le VAR ne tranche pas ce qui est "dans l'esprit du jeu", et "ce qui n'y est pas"; or là, est la vraie question de ce qui touche aux sanctions octroyées aux joueurs ! ce n'est pas la une question de ligne, de surface, et de ballon hors jeu ou en jeu, dont tout un chacun peut admettre qu'il faut alors, un "arbitrage" scientifique.

Que la VAR soit utilisée pour ce qui, manifestement, hors de l'esprit du jeu, c'est à dire en situation manifeste de tricherie de la part des joueurs, a échappé à l’arbitre central, me convient tout à fait. Pour le reste, et en dépit du fait que cela amenuise quelques injustices de jugements arbitraux de l'instant, son apport bouscule la matrice même de l'instantanéité de l'action de jeu, joueurs et arbitres mêlés ! La technologie change l'histoire !

Cette forme de technologie amène la justice procédurière, qui n'est pas dans les règles fondamentales du jeu, et devient médiée par un instrument externe au terrain ; l'arbitre seul, a pour lui le jugement expérimental, instantané, dans l'action ; et quoi que l'on en ait toujours dit de lui, il fait partie du jeu, et assume.

Il y a dans les deux cas certes, matière à discuter ... Mais, à choisir ....

Mon propos de conclusion ne change pas mon propos introductif. Telle qu'elle est, je n'approuve pas le VAR. Mais je concède que l'on ne reviendra pas totalement en arrière ; les forces institutionnelles balaieront les quelques discours de techniciens, joueurs, journalistes...

Et si on prenait le pari de l'améliorer considérablement ?

Georges Honoré, ex Président ACFF

A Pascal de prendre le relais maintenant ! To be continued ....

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